On nous a toujours dit de regarder les manques. De chercher le mieux, de ne jamais nous contenter, et d'être des "chasseurs de défauts" à la poursuite de la perfection... Pourtant, dans ce processus, un détail vital a été omis : nous ne nous sommes pas lancés dans cette aventure pour trier les défaillances.
Nous avons commencé pour créer quelque chose. Ce qui nous animait, c'était l'excitation d'une idée devenant réalité, le moment où ce premier trait sur une feuille blanche prenait sens, et où un design touchait l'âme d'autrui. Notre point de départ, la source principale de notre motivation, était ce côté "plein" du verre.
Le Penalty de Baggio et le Destin du Designer Avec le temps, on nous a enseigné une perspective totalement différente : se focaliser sur ce qui manque. Ce point de vue est devenu si dominant qu'un jour, en tant que designers, nous nous sommes retrouvés à devoir défendre notre propre existence. Un peu comme l'un des moments les plus injustes de l'histoire du football : le célèbre penalty de Roberto Baggio lors de la finale de la Coupe du Monde 1994.
Aujourd'hui, tout le monde parle de ce dernier tir de Baggio qui s'est envolé dans les nuages, de son "erreur". Pourtant, si l'on regarde le côté plein du verre : c'est lui qui a porté l'Italie jusqu'en finale, qui a mené son équipe à ce point grâce a des buts impossibles. Sans ces buts, l'Italie n'aurait même pas foulé la pelouse de cette finale. Mais le monde aime tant regarder le côté vide du verre qu'il peut effacer des milliers d'efforts par une seule seconde d'erreur.
Le destin des designers aujourd'hui n'est pas différent de celui de Baggio. Vous réalisez des centaines de travaux réussis, vous portez une marque, vous construisez une identité ; mais à la fin de la journée, tout votre temps est consacré à essayer de vous expliquer face à des esprits qui ne voient qu'un petit détail "manquant" ou le "côté vide".
Chambres Closes, Esprits Restreints Quand on regarde le tableau du secteur aujourd'hui, nous sommes confrontés au chômage, à la pression et à un processus que l'on pourrait qualifier de "harcèlement silencieux". Les designers, qui maintiennent les entreprises en vie, sont littéralement enfermés dans une pièce et on attend d'eux qu'ils créent un miracle.
Comment un esprit peut-il s'épanouir en regardant les quatre mêmes murs, au même bureau, cinq jours par semaine dans le même cycle ? Le design n'est pas seulement un processus de production, c'est un processus de nutrition. Voir, voyager, toucher, respirer... Ce ne sont pas des luxes, ce sont les matières premières du design.
Attente de Rendement sans Investissement La réalité est que les entreprises attendent un rendement maximal du designer, tout en évitant d'investir en lui. Produire "mieux" avec le même environnement, les mêmes limites et les mêmes perspectives est une équation impossible.
Le designer n'est pas seulement un employé ; il est la fenêtre de la marque sur le monde. Et les perspectives se développent non pas en se fermant, mais en s'ouvrant. Ce talent libre qui a mené Baggio jusqu'en finale n'a brillé que lorsqu'il a trouvé de l'espace. Enfermer un designer dans une pièce revient à l'enfermer sur le point de penalty.
L'Heure de Changer de Direction Il est peut-être temps de changer de direction. Nous devons cesser de nous focaliser sur le côté vide en cherchant des défauts, et nous souvenir du côté plein. Voir ce qui fonctionne, accepter ce qui crée de la valeur, et surtout : ouvrir à l'être humain qui produit cette valeur l'espace qu'il mérite.
Car le côté plein du verre n'est pas seulement une vision optimiste, c'est le point sacré où commence la créativité. Si nous perdons cela, plus rien d'autre n'a de sens. Si vous voyez aujourd'hui le designer comme une simple "machine à erreurs" ou un "opérateur exécutant des commandes", demain nous ne trouverons même plus une goutte d'eau à défendre dans ce verre. Car ce qui remplit le verre, ce n'est pas la compétence technique, c'est le désir de créer de cet humain.
Nous devons maintenant décider : allons-nous nous noyer dans les défauts, ou allons-nous voir le joyau qui transcende ces défauts et lui laisser de la place ?
N'oubliez pas ; le monde ne tourne pas grâce à ceux qui ne font que juger les résultats, mais grâce au courage de ceux qui courent inlassablement jusqu'à ce point de penalty. Laissez les designers s'ouvrir au monde au lieu de s'enfermer dans une pièce. Car seul un esprit libre peut faire déborder le verre sans avoir besoin d'expliquer pourquoi il est plein.









